par Mei Mei Chu
Le président américain Donald Trump va rencontrer la semaine prochaine à Pékin son homologue chinois Xi Jinping pour un sommet très attendu, alors que les deux pays cherchent à stabiliser une relation mise à rude épreuve par des contentieux sur le commerce, Taïwan ou encore la guerre en Iran.
Si dirigeants d'entreprises et analystes n'anticipent pas d'avancées majeures lors de cette rencontre, il n'est pas impossible que les discussions débouchent sur du positif, comme par exemple une prolongation de la trêve commerciale scellée l'an dernier par les deux plus grandes puissances économiques mondiales.
Voici les principaux enjeux de la visite de Donald Trump, premier président américain à se rendre en Chine depuis près de dix ans.
SOJA, BOEUF ET BOEING
En amont des élections de mi-mandat au Congrès américain en novembre prochain ("midterms"), Donald Trump est désireux d'obtenir de Xi Jinping des concessions commerciales.
Dans le cadre de leur trêve, Washington et Pékin sont convenus de mettre sur pied un mécanisme commercial destiné à déterminer les produits à même de renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays sans compromettre leur sécurité nationale ou leurs chaînes d'approvisionnement clé.
Parmi les propositions avancées figurent le possible achat par la Chine de volaille et boeuf américains ainsi qu'un engagement à se procurer auprès des Etats-Unis quelque 25 millions de tonnes métriques de soja par an lors des trois prochaines années.
L'administration Trump veut également que Pékin signe des contrats pour l'achat d'avions Boeing BA.N et s'approvisionne en charbon, pétrole et gaz naturel auprès de groupes énergétiques américains.
Selon des sources industrielles, la Chine mène de longue date des négociations avec Boeing sur un accord qui pourrait porter sur 500 appareils 737 MAX et sur des dizaines d'avions gros-porteurs.
Ce contrat attend désormais d'être paraphé, a commenté Dennis Wilder, ancien analyste de la CIA sur la Chine et chercheur à l'université Georgetown, alors que les négociations ont été bloquées pendant des années par les menaces de Donald Trump d'interdire les livraisons vers la Chine de pièces de rechange cruciales pour les moteurs.
TECHNOLOGIES CONTRE TERRES RARES
Pékin réclame de Washington qu'il assouplisse ses restrictions sur les exportations de semiconducteurs de pointe et a exprimé sa préoccupation à propos d'un projet de loi américain qui sèvrerait la Chine d'équipements indispensables à la production de puces.
De leur côté, les Etats-Unis attendent de la Chine qu'elle autorise les livraisons de terres rares et minerais critiques vers les entreprises américaines, alors que le contrôle par Pékin des exportations en la matière a provoqué des perturbations dans les chaînes de production automobile et aérospatiale américaines.
Les deux camps ont adopté des mesures destinées à accroître la pression économique sur l'autre afin de disposer de leviers durant leurs négociations.
GUERRE EN IRAN
Déclarant lundi que Donald Trump discuterait avec Xi Jinping de la guerre en Iran au cours de leur sommet, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a exhorté la Chine à intégrer l'opération internationale destinée à rouvrir la circulation des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz.
Aux yeux de Pékin, il revient à Washington la responsabilité de mettre fin à une guerre qui menace l'approvisionnement énergétique de la Chine ainsi que la stabilité des relations de celle-ci avec les pays du Golfe.
Bien que Pékin a oeuvré en coulisses pour convaincre Téhéran de participer le mois dernier à des négociations de paix au Pakistan avec Washington, des analystes disent penser que le gouvernement chinois ne veut pas apparaître comme "faisant le sale boulot" pour Donald Trump.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, s'est rendu mercredi à Pékin pour y rencontrer son homologue chinois Wang Yi, qu'il a informé de la teneur des négociations avec les Etats-Unis. Il s'agissait de sa première visite en Chine depuis le début de la guerre, le 28 février.
TAÏWAN
Présentée de longue date par Pékin comme le principal point de contentieux avec Washington, la question de Taïwan a été évoquée par Wang Yi lors d'un entretien téléphonique avec le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio la semaine dernière.
Soulignant l'importance de la question, le chef de la diplomatie chinoise a alors dit à son homologue que Washington devait "tenir ses promesses" et "faire les bons choix" afin de favoriser la coopération sino-américaine.
La Chine considère Taïwan comme une province renégate et n'exclut pas de recourir à la force pour la ramener dans son giron. Taipei rejette les revendications de Pékin, déclarant que seule la population de l'île démocratique peut décider de son avenir.
D'après des personnes impliquées dans les préparatifs de la visite de Donald Trump, le gouvernement chinois a suggéré en privé à l'administration américaine de modifier sa rhétorique à l'égard de l'indépendance de Taïwan.
Ces sources ont refusé de donner des détails, indiquant simplement qu'il s'agissait d'une demande similaire à celle formulée par Xi Jinping auprès de l'ancien président américain Joe Biden lors de leur sommet en 2024.
A l'époque, le président chinois avait demandé que Washington modifie sa position pour déclarer être "opposé à l'indépendance de Taïwan". Selon la rhétorique actuelle, les Etats-Unis, qui sont le principal fournisseur d'armes de l'île, "ne soutiennent pas" l'indépendance de Taïwan.
Un quelconque changement dans cette rhétorique, aussi subtil soit-il, pourrait modifier la façon dont Pékin perçoit la détermination de Washington à soutenir Taïwan, tout en soulevant des questions sur les engagements sécuritaires américains en Asie.
(Mei Mei Chu et Joyce Zhou; version française Jean Terzian)

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